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témoignage d’une anti aéroport sur la manif carnaval de Rennes le 6 février 2016

samedi 6 février 2016, par zadist

Acharnement policier : témoignage complet d’une camarade handicapée matraquée à Rennes

Berthe Lalutte porte bien son pseudo : c’est une Berthe, une femme de l’age où les expériences t’ont forgées, une femme qui se remet doucement d’un gros accident de vie. C’est une militante déterminée à rester debout et joyeuse. Partout où elle peut, elle manifeste, contre l’aéroport, certes, mais surtout contre son monde. Parce qu’elle croit à la nécessité de la lutte, Berthe, et parce que la vie des handicapé-e-s n’est pas d’être parqué-e-s loin des combats pour la société.

Berthe Lalutte est allée à un carnaval, avec plein d’ami-e-s. Elle sait bien qu’il y en a de plein de styles différents, dans la lutte, elle est pas bête, Berthe, c’est pas sa première manif, elle sait bien que ces variations de tons et d’actions représentent la pluralité, elle ne porte pas de jugements, elle ne se trompe pas d’ennemi-e-s.

ELLE DENONCE LES VIOLENCES POLICIERES.

« Aujourd’hui, j’ai été MATRAQUEE !

samedi 6 février

Fin de défilé carnavalesque anti-aéroport et son monde à Rennes...
La foule se disperse. Nous en faisons partie. Nous marchons tranquillement, bras dessus-dessous, masques retirés, sur le trottoir d’une grande avenue, pour regagner notre voiture.
Tout à coup, les gens courent et nous doublent. Je ne peux pas courir, mais nous accélérons le pas. Nous devinons une charge policière avec jets de lacrymos.
Tout droit : un barrage policier. A gauche : une petite rue. Nous la prenons. Les gens ne courent plus. Nous avons ralenti notre pas.
Peut-être cinq mètres de parcourus et je reçois un (des ?) coup(s) dans le dos.
Puis les coups pleuvent. Toujours par derrière, mais sur les cuisses cette fois. Je continue à marcher ? je suis arrêtée ? je ne sais pas. Je sens juste les coups acharnés qui continuent encore et encore. La douleur est là. J’ai terriblement mal. Je ne dis rien ? je ne sais pas. J’entends seulement Alain qui crie, qui crie “arrêtez ! arrêtez !”. Il ne me lâche pas. Je reste accroché à son bras.
Je ne me retourne pas. Je n’ai pas vu le policier agresseur. Voulait-il me mettre au sol ? : je ne suis pas tombée. Peut-être la raison de son défouloir sur mes cuisses.
Et puis, çà s’est arrêté. Trois à quatre mètres parcourus et une terrasse de café, pleine. Les gens ont vu ? On veut me faire asseoir. J’en suis incapable. J’ai mal. Je suis debout. Je peux parler, mais difficilement. C’est l’émotion, l’incompréhension de ce qu’il vient de m’arriver...
La route a été longue pour regagner notre voiture puis notre domicile.
J’ai pu joindre au téléphone quelques proches pour les nouvelles : un camarade a eu moins de chance que moi : matraqué à la tête, il était aux urgences...
Je ne veux pas être une martyre : je témoigne et dénonce que je suis une victime.
VICTIME DE VIOLENCES POLICIERES,
VICTIME DE L’ETAT POLICIER,
VICTIME DE L’ETAT QUI REPRIME AVEC SA POLICE ET SON IN-JUSTICE.
JE DENONCE CET ETAT D’URGENCE qui sous prétexte sécuritaire terroriste, veut museler toute contestation de rue, quelle soit environnementale, sociale, économique...
Ils ne nous muselleront pas ! la rue est à nous ! NOUS CONTINUONS !
J’ai mal mais je vais bien et si mon corps met quelques jours à se remettre : je reste debout et je ne lâche rien ! RESISTANCE !

dimanche 7 février

Merci les ami.e.s de votre soutien, de vos commentaires, mp et tél... Je n’y répondrai personnellement pas pour le moment, mais sachez que j’y suis très attentive. Un besoin de repos, de calme, que vous comprendrez, vous mes zadmi.e.s, ma famille de lutte.s. Ce matin au réveil : moral dans les chaussettes, avec des pleurs associées à ces mots dans ma tête : bastonnée, battue, punie... (çà doit faire partie du processus traumatique : de coupable à reconnaissance de victime ; moi, je passe par l’inverse !). Comme ce témoignage ne passera pas sur BFM ou OuestFrance : n’hésitez pas à le partager largement. Il faut raconter ces violences policières, échanger, débattre, pour ne pas accepter et laisser faire : surtout pas ! Aussi, pour appuyer mon témoignage face à cette lâche agression (qui aurait pu arriver à n’importe qui, mais c’est à moi que c’est arrivé) : dans vos partages, et à celleux qui ne me connaissent que par la toile, vous pouvez préciser : ce 6 fév. j’ai 60 ans -3 mois et je suis handicapée (3ans de fauteuil roulant puis 2 béquilles puis 1 béquille et une marche retrouvée avec bonheur, mais fragile). Les mots, les phrases se mêlent pour moi... A très bientôt, car bien sûr : on ne lâche rien, ni ici, ni ailleurs ! Voilà. Des bises.

lundi 8 février

(merci à Agnès et Odile pour cette photo prise au moment du banquet festif sur la place du Parlement. Elle illustre bien les deux dangereuses personnes à mettre hors d’état de nuire : imaginez-les sans les masques et... de dos !).

Aujourd’hui je suis allée chez mon médecin traitant, parce que :
1/Hier dimanche, je suis restée alitée et qu’aujourd’hui c’était lundi et la consultation était moins cher (humour),
2/Les douleurs toujours présentes,
3/Les marques (bleus) sont apparues... d’où la nécessité de faire établir “un certificat médical pour valoir ce que de droit” car j’ai bien l’intention de porter en justice ces violences policières subies, même si je ne suis qu’un minuscule grain de sable face à la machine étatique...

Extraits du certificat médical : ...qui me dit avoir été victime de coups de matraque...
A l’examen de ce jour, elle se plaint de :
+douleurs spontanées -au niveau des omoplates -au niveau de l’ensemble du rachis dorsal et lombaire -des côtes face postérieure -des cuisses face postérieure
+gêne respiratoire
+impotence fonctionnelle à la marche
+souffrance psychologique importante
A l’examen on constate :
+hématomes à la face postérieure des cuisses -face postérieure interne G, hématome de 10cm de diamètre -face postérieure D, hématome de 5cm de diamètre +douleurs à la pression, douleurs nettes -au niveau des muscles para-vertébraux -du rachis dorsal et lombaire
+douleurs à la pression -au niveau des omoplates
+souffrance psychologique
Un traitement médicamenteux à viser antalgique est prescrit ainsi que des radios (suspicion de fractures de côtes)
Un traitement anxiolytique a été prescrit.
Au terme de l’examen médical de Mme ... les constatations directement en rapport avec l’agression, la nature des lésions constatées décrites et les retentissements psychologiques qui en découlent, entraînent sous réserve de complications ultérieures une ITTTP de trois jours.

Et oui : 3 jours d’incapacité seulement et correspondant au “barême établit” sur le visible... Presque à souhaiter que ce salopard m’a bien fracturé les côtes :) afin de donner plus de poids pour condamner son infâme agression !!!!!! »