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Loi, travail, retrait des deux

lundi 9 mai 2016

Loi, travail, retrait des deux

Sur la ZAD nous sommes plusieurs à s’intéresser à ce qui se passe en ce moment dans les rues, sur les places, dans les facs, dans les lycées, dans les entreprises et à y participer. Que l’on travaille ou pas, n’est pas la question...

Sur la ZAD on dit souvent qu’on est contre le travail salarié. Plus précisément, on est contre les patrons et l’exploitation, mais on est solidaires avec les travailleuses et travailleurs. Car ce sont elles et eux qui produisent la valeur, mais ce sont les patrons qui ramassent les gains. Ces derniers possèdent les outils et les moyens de production qui leur permettent de s’enrichir grâce à la sueur et la santé des salarié-es. En relation avec les décideurs, ils fabriquent aussi le code du travail en faisant mine de se préoccuper de l’emploi.

Qui est encore assez dupe pour croire ceux qui prétendent lutter contre le chômage alors que ce sont les mêmes qui licencient en masse tout en délocalisant dans des pays plus pauvres, là où la main d’œuvre est moins chère ? Tout en pillant tranquillement et durablement les ressources des pays du sud, les entreprises et les financiers se gavent en laissant assez de miettes au peuple pour éviter qu’il ne s’organise et ne s’énerve pour de bon.

Dans ce monde, les ressources nécessaires à notre subsistance sont privatisées et tout est fait pour qu’on ne puisse pas se passer de l’argent et du travail salarié. On sait bien qu’il faut payer pour se loger, s’habiller, boire, manger, s’éclairer, se soigner... et qu’il n’est pas facile de trouver les moyens de sortir de cette logique « travail- consommation ». Même si on est contre le salariat, on se sent solidaires de celles et ceux qui ont besoin de gagner leur vies, et d’y donner du sens.

Plutôt que de participer à l’économie, on a choisi la grève en CDI ! En vivant sur la ZAD, nous voulons nous organiser collectivement et chercher des moyens de répondre à nos besoins et envies sans devoir être aux ordres d’un patron. En vrai nous continuons à être dans des rapports économiques, à profiter des minima sociaux et ça nous arrive de bosser quand on a besoin d’argent... Mais nous essayons de nous construire et nous définir autrement qu’avec un intitulé de poste. Nous nous battons contre cette société dans laquelle il faut un revenu pour avoir accès à quoi que ce soit, et qui est construite sur cette notion de valeur du travail, celui ci devant être central dans la vie, déterminant la reconnaissance sociale, alors même qu’il y en a de moins en moins (pour des raisons de progrès technologiques, notamment) et que les conditions y sont de moins en moins bonnes.

Nous sentons l’urgence de créer des formes de vie qui sortent des rapports marchands. On peut habiter sur la ZAD sans devoir engraisser un nantis qui possède déjà au moins 2 logements. Le Non-Marché, lancé en 2013, est un endroit où on peut trouver à prix libre* du pain, du fromage, des légumes et d’autres aliments produits sur la zone. Nous voulons nous approprier les outils et savoirs-faire de la production agricole, de la construction mais aussi ceux des soins, la gestion des conflits et des autres domaines de la vie. Dans ce contexte de guerre sociale, ce qu’il se passe à la ZAD peut nourrir des imaginaires et ouvrir le champ des possibles, en ce moment crucial où l’on est plein, à l’intérieur comme à l’extérieur du monde du travail, à critiquer la société et à vouloir changer les choses.

Solidarité entre précaires, révoltés, travailleuses et travailleurs du monde entier et avec tou-te-s celleux qui ne travaillent pas, pas encore, pas en ce moment, plus maintenant, jamais...

Quelqu.e.s habitant.e.s de la ZAD

* Le prix libre c’est quand le prix d’une chose est définie par celui qui en a besoin en fonction de ses moyens. Si t’as de la thune tu peux en mettre, si t’en as pas t’en mets pas. En tout cas personne va venir regarder dans la caisse combien tu as mis ou pas mis. Le Non-marché c’est tous les vendredi, de 17 à 18h au Gourbi.

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