Zone A Défendre
Tritons crété-e-s contre béton armé

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Tiens voilà le PLUi ! Contribution au Plan Local d’Urbanisme Intercommunal pour l’avenir de la ZAD

jeudi 11 octobre 2018

Penser l’avenir c’est ce que le mouvement anti aéroport a commencé il y a bien des années : Imaginer à quoi pourrait ressembler la ZAD après l’abandon que nous étions en train d’arracher au pouvoir. L’assemblée des usages est née du désir de continuer à penser ensemble le devenir des terres issues de la lutte. Elle a participé à créer un Fonds de dotation, « La terre en commun » (http://encommun.eco), qui doit rendre possible l’achat du foncier afin qu’il échappe à l’agrandissement et à la main-mise de l’agriculture productiviste. D’un même élan elle a réfléchit à la question de l’habitat à partir d’un souhait partagée : que toutes les personnes venues participer au combat puissent rester, quelles que soient les formes de vies qu’elles ont choisi. Confronté à l’injonction à la régularisation, à l’acharnement à faire rentrer nos vies dans des cases étroites, il s’agit pour nous de revendiquer nos modes de vies et d’être capable de les défendre et les expliquer, que ce soit à nos voisins et voisines mais aussi aux élu.e.s qui bientôt seront amené à se pencher dessus.

Après l’annonce de l’abandon du projet d’aéroport, nous avons fondé l’AACB, l’Association pour un Avenir Commun dans le Bocage, l’interlocutrice des différentes instances du pouvoir. Elle porte la voix d’un agrégat complexe de personnes qui ont fait le pari de continuer ensemble, paysan.ne.s, habitant.e.s historiques de la zone ou bien arrivé.e.s pour participer à la lutte, naturalistes, membres d’un comité de soutien ou individus. C’est sans aucun doute un exercice étrange que de délaisser la barricade pour écrire une contribution au Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUi) de la Communauté de Commune d’Erdre et Gesvres (CCEG). Mais les deux participent à un même élan, défendre, encore et toujours, la ZAD, ce qui s’y vit et ce qui y est encore en devenir. C’est bien sur difficile, douloureux même, d’imaginer demander au pouvoir la validation de nos bâtis. La ZAD a déjà eu son propre plan local d’(dés)urbanisme : les plus téméraires construisaient sur le tracé du barreau routier pour être occuper là où les travaux devraient commencer, les moins bricoleurs choisissaient d’occuper une maison vide, les plus sauvages préféraient construire une cabane isolée, tandis que les plus prudents construisaient leur maison dans un arbre afin d’en rendre la destruction plus difficile. De la concertation il y en avait : parler aux voisin.e.s, tâter l’ambiance dans le quartier, se renseigner sur l’état des sols, avoir une attention, toujours, à ce que notre empreinte écologique soit la plus légère possible. Délicat, donc, d’imaginer faire rentrer la zone dans un PLUi, d’autant que celui d’Erdre et Gevsres a commencé à s’élaborer sans nous : la ZAD y apparaît comme une béance profonde. Territoire à part, fruit de cinquante années de lutte, meurtri par les deux opérations d’expulsion et de destruction dont celle de ce printemps qui ont effacé un tiers des lieux de vie à grands coups de pelleteuse. Territoire portant un imaginaire politique mais aussi territoire habité, par des centaines de personnes qui y ont engagé leur vie.

Parallèlement aux activités humaines, le bocage préservé est un réservoir de biodiversité où la faune et la flore s’épanouissent. Du fait du projet d’aéroport, la ZAD a été préservée de l’agriculture industrielle qui a sévi partout autour depuis, avec son lot d’agrandissement des parcelles, de destructions des haies, de recours systématique aux pesticides et autres engrais chimiques. Une zone qui est encore à défendre, donc. Car en luttant contre l’aéroport et son monde nous savions que la victoire contre l’un ne serait que le début d’un nouveau combat. Nulle victoire si les pistes d’avions laissent place à quelques exploitants agricoles industriels, une zone éco-compatible muséifiée, ou une énième zone commerciale pour l’agglomération nantaise. Le pari de cette contribution du mouvement est de faire le diagnostic de tout ce qu’il nous faut protéger ici, de ce qu’il y a de beau, de rare, de précieux. S’appuyant sur le travail de naturalistes, sur l’expérience d’habitant-e-s et de paysan-ne-s, il s’agit d’un état des lieux précis, apte à répondre aux enjeux posés : ménager l’environnement, conjuguer sauvegarde de la biodiversité et maintien d’activités humaines, agricoles ou non. Or, qui mieux que nous, qui avons protégé ce territoire contre le bétonnage auquel il semblait condamné, pourraient répondre à ce défi ? Évidemment, l’organisation du bâti doit continuer à être soumise à la condition d’habiter le territoire avec un faible impact environnemental et une grande attention à l’existant, qu’il soit visible ou invisible. Mais elle ne peut pas non plus faire table rase de l’existant, ni nier l’histoire particulière de tous ces lieux auto-construits pour répondre aux besoins de la lutte.

En initiant le dialogue avec les pouvoirs publics nous proposons une réponse exceptionnelle à une situation qui l’est tout autant : imaginer, comment pérenniser des habitats construits dans l’urgence, souvent dans la précarité et en faire autant de bases pour de nombreux combats à venir. Nous sommes conscients des risques de renoncements liés à cette démarche et resterons vigilants aux suites qui seront données à cette question.

Lien vers la contribution :

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