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Lettre d’infos d’Abrakadabois - avril 2019

dimanche 7 avril 2019

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Bonjour à vous, en cette saison où nos paysages bocagers s’égayent du jaune des chatons de saule, du vert tendre des jeunes feuilles d’aubépine et du blanc des fleurs de prunelliers. Voici donc quelques nouvelles d’Abrakadabois  : d’abord un petit point sur la situation avec les institutions, puis un récit des derniers événements et chantiers, et même quelques réjouissantes informations sur les inquiétudes des industriels du bois  !

## Où en est-on des relations avec les institutions  ?

Lors du Comité de pilotage du 19 mars, les échéances se sont précisées concernant la forêt de Rohanne  : depuis le 26 mars le Conseil départemental (CD) en est redevenu propriétaire (ainsi que de 900 ha de terres sur la zad) et l’ONF va procéder à la «  reconnaissance  » de la forêt entre avril et mai prochains afin de rendre en juin un procès verbal demandant son rattachement au régime forestier. Si le CD valide ce procès verbal, un arrêté préfectoral fixera la situation en juillet et l’ONF rédigerait alors le plan de gestion (document d’aménagement) pour 2020.

Dans cette perspective, nous risquerions de ne pas pouvoir poursuivre l’ensemble de nos activités, qui concernent toute la filière, de la "gestion forestière" (entre guillemets car notre rapport à la forêt n’est pas d’abord un rapport gestionnaire) aux abattages et à la transformation du bois, en passant par le choix des coupes et les plantations. Or il existe des possibilités de dérogation, que nous comptons proposer au Conseil départemental, notamment l’établissement d’un bail, encadré par une convention pour dégager l’ONF de ses responsabilités, solution tripartite inédite mais tout à fait réalisable et qui conviendrait à notre situation qui l’est tout autant  ! Nous travaillons donc à préciser ces pistes, ainsi qu’à finaliser notre plan de gestion, et sollicitons à nouveau un rdv avec le CD (que nous n’avons pas pu rencontrer jusqu’ici).

Par ailleurs, des agents de l’ONF devraient venir sur le terrain pour procéder à la "reconnaissance" de la forêt de Rohanne entre avril et mai prochains. Mais nous n’avons pas encore été contactés à ce propos. Pour le cas où l’ONF ne jugerait pas utile de nous prévenir et nous rencontrer à cette occasion, nous appelons toutes et tous à être vigilants et à nous signaler toute présence de l’ONF sur place. Nous ne voulons pas manquer cette occasion de les rencontrer et de réaffirmer notre volonté de pérenniser nos activités, donc la nécessité de prendre en compte le caractère unique de la situation. ## Récit des «  Rencontres sur la forêt  » d es 16-17 février  :

Une centaine de personnes étaient présentes pour participer à ces rencontres, venues de diverses dynamiques autour du bois et/ou curieuses d’en savoir davantage sur les enjeux forestiers  : membres de «  NDDL Poursuivre ensemble  », habitant-e-s de la zad, membres du RAF (Réseau pour les alternatives forestières), charpentier-e-s de marine de l’école Skol ar Mor, membres de l’association «  Des hommes et des arbres  », personnes en lutte contre le Center Parcs en forêt de Roybon et rédacteurs-ices de la revue «  De tout bois  » , collectif Longo Maï ardéchois de Treynas, charpentières de «  l’Ecole des renardes  », etc.
Les balades en forêt et discussions nous ont permis notamment d’approfondir notre connaissance du RAF, de partager nos questionnements autour des diverses pratiques de formation, et de réfléchir à des pistes pour l’avenir des activités forestières sur la zad.
Récit de ces rencontres à retrouver sur le site «  Zadibao  »  : https://zadibao.net/2019/03/01/se-rencontrer-en-foret/

## Formations et chantiers
• Formation et chantier "tronçonneuse et abattage" – 19 au 25 janvier

Cette semaine comprenait une formation initiale (théorie et pratique), qui s’est déroulée le week-end des 19-20 janvier, et elle se prolongeait avec un chantier sur une haie du 21 au 25. Elle a permis de former douzaine de personnes. Ont été abordés le maniement de la tronçonneuse, les éléments de sécurité, la reconnaissance des essences, la connaissance des fonctions de la haie, les techniques d’abattage avec recépage sur certaines souches.
Le 28 mars nous avons mené un chantier de plantation dans cette même haie  : petits frênes, ormes, prunelliers, sureaux, genêts, houx, etc. ont regarni les différents étages de végétation aux endroits trop peu denses.

• Chantier/formation "forêt" – 18 au 28 février Le chantier «  forêt  » a rassemblé 24 stagiaires (dont certain-e-s avaient fait la formation initiale en janvier), 5 formateurs et 9 débardeuses-eurs. Il s’agissait en même temps d’un stage de bûcheronnage et de débardage. Quelques-uns des stagiaires, qui sont en écoles forestières, sont venus découvrir – dans la continuité de leur stage auprès des paysans-forestiers de Longo Maï à Treynas – une autre approche et un autre cadre de pratique. Ce chantier a duré 7 jours, dont une journée de pause au milieu pour faire un point sur les coupes effectuées et leurs conséquences. Une petite partie a été faite en abattage à la main avec haches et passe-partout. Tous les midis nous étions une quarantaine de personnes à déjeuner ensemble à l’Ambazada, en bordure de la forêt.

Le chantier se déroulait dans une parcelle de la forêt de Rohanne où nous n’étions encore jamais intervenus. Avec comme première optique ce qu’on pensait être les besoins de la forêt (et non nos propres besoins immédiats), pour favoriser et accompagner l’irrégularisation du peuplement, son sous-étagement et la diversification en privilégiant les essences indigènes (surtout feuillus comme le chêne, le châtaignier, le merisier, ou l’alisier). Nous avons créé quelques zones d’éclaircie plus forte (levée de couvert) propices à la régénération des essences de lumière comme le chêne. L’essence la plus coupée a été le pin sylvestre, essence majoritaire de la forêt et ayant des problèmes sanitaires.

Pour sortir le bois nous avons fait le choix de ré-ouvrir un des anciens cloisonnements d’exploitation (voie forestière) datant de la plantation, et de créer une petite place de dépôt, proche de la route départementale, côté sud. Nous avons débardé au cheval dans la parcelle, jusqu’à ce cloisonnement, pour que les bois soient ensuite amenés en bord de route par un tracteur. Cette année, à nouveau, le travail de débardage a été rendu possible par la présence du collectif de Treynas et de ses chevaux. Mais nous espérons gagner en autonomie en la matière l’hiver prochain puisque les membres d’Abrakadabois qui avaient commencé à se former en débardage ont pu se perfectionner cette année.

Après sciage sur place, le bois servira à différents projets de construction ou de restauration de bâti sur la zad. Certes, d’après les critères «  classiques  », ce bois est de moins bonne qualité que d’autres années (beaucoup de pins de petit diamètre et souvent courbes). Mais nous comptons cependant le valoriser autant que possible dans la construction, ce qui supposera un travail de réflexion appuyé par les charpentier-e-s pour favoriser les charpentes utilisant de petites sections comme les charpentes Philibert Delorme ou Zöllinger (charpentes en nid d’abeille), et l’usage de techniques traditionnelles comme l’équarrissage à la hache. Avec le pin sylvestre et l’épicéa de Sitka nous pensons également expérimenter des techniques comme le bois brûlé pour les rendre imputrescibles et donc les utiliser en charpente sans traitement chimique.

A propos des Pins sylvestres  : On trouve dans la forêt de Rohanne des Pins sylvestres qui donnent des arbres particulièrement biscornus, complètement vrillés et avec de grosses fragilités, comme des types bien plus droits avec de très beaux fûts. Les différences de morphologie des Pins sylvestres dans cette forêt issue de plantations des années 50 sont une bonne illustration de ce qu’on peut lire dans Le livre des arbres, des arbustes et des arbrisseaux de Pierre Lieutaghi  :
«  Le Pin sylvestre est tout le contraire d’une espèce homogène  : il se partage en un grand nombre de races (on dénombre, en Europe, plus de 150 variations) dont la distinction sommaire est importante pour le forestier (...) Dans les plaines françaises, où il est partout introduit, sauf en Alsace, et dans les montagnes méridionales, le Pin est un arbre moins élevé au port souvent irrégulier, au tronc plus ou moins branchu, à la cime étalée (...) Lors des grands reboisements en Pins sylvestres au milieu du siècle dernier, qui intéressent particulièrement le Massif central, le Bassin parisien et la vallée de la Loire, on ne tint pas assez compte de la provenance des graines et les massifs, constitués pour une bonne part de sujets malvenus, donnèrent beaucoup de bois impropre au sciage.  »

## Suite à la tempête des 4-5-6 mars : Une nouvelle «  galette  » de douglas dans Rohanne

Lors de la session Abrakadabois du 7 mars nous sommes allés faire un tour sur le chantier effectué en février dans la forêt de Rohanne et voir par ailleurs les dégâts causés par les coups de vent des jours précédents.
L’absence d’arbres tombés suite à la tempête dans la zone fraîchement éclaircie semble confirmer que celle-ci n’a pas été trop forte et déstabilisante pour le peuplement.
Plus loin, un gigantesque douglas est tombé au sol. Un petit bouleversement créant pour nous une fantastique zone d’observation  :
- apparition d’un trou de lumière où nous pourrons observer la régénération dans les années à venir  ;
- soulèvement d’une «  galette  » de terre et racines nous permettant de constater la faible profondeur d’enracinement dans ce sol ennoyé l’hiver  ;
- forte présence d’insectes xylophages qui transforment le bois en fascinantes sculptures ajourées de galeries, semblables à de la dentelle  ;
- le pied de l’arbre est fendu de part en part (fente cambiale), origine probable des pourritures de cette partie du tronc  ;
- la cime de l’arbre, où l’on découvre que la fente cambiale s’étend sur toute la longueur du tronc. Étant donné que la fente est en spirale sur la cime, on pourrait penser que cet arbre a également pris la foudre, en tout cas on peut observer que sa vie n’a pas été de tout repos jusqu’à l’écroulement.
C’était l’occasion de voir de très près ce qui se trouvait encore, quelques heures auparavant, à une altitude inatteignable, comme le trou d’un pic  !

## La lutte pour une autre approche de la sylviculture semble porter ses fruits Le site Reporterre vient de publier un article sur «  l’opération séduction des industriels de la forêt  ».

On y apprend que la Fédération France Bois Forêt, représentante de 22 organisations professionnelles de la filière bois, se tourne vers de grosses entreprises de communication et investit des millions dans une campagne publicitaire.
En effet, ces entreprises semblent être affolées par les diverses mobilisations, publications et films qui favorisent une prise de conscience large sur le désastre provoqué par ces filières industrielles.
Elles ont multiplié les rapports et les notes d’analyse et ont même décidé d’acheter les services de consultants et de professionnels de la com’ pour reprendre, selon les mots du cabinet de conseil Comfluence, «  le leadership sur l’image de la forêt  » et «  transformer ce contexte médiatique, sociétal et économique négatif  »  !

Bien qu’on puisse rire jaune de leurs slogans publicitaires, tel que «  Mon métier c’est aussi d’aider la forêt à respirer  » , cette information confirme que les luttes pour d’autres pratiques forestières sont sur de bonnes voies. On ne peut que s’en réjouir et poursuivre  !

Si vous voulez en savoir plus  : https://reporterre.net/L-operation-seduction-des-industriels-de-la- foret . Lisez notamment la «  Note de tendance  » de Comfluence qui détaille leur cauchemar  : un «  scénario noir  » plutôt réjouissant pour nous (interdiction des coupes rases, forêt reconnue comme un bien commun, etc.)  !

## Dates à venir
- 14 avril  : balades dans la forêt de Rohanne à l’occasion des «  Portes grandes ouvertes  » sur la zad. Rdv à la Rolandière à 11h et à 14h. Voir les infos ici  : https://zad.nadir.org/spip.php?article6442
- 18 avril : chantier plantation dans la forêt de Rohanne, toute la journée, avec discussion de 16h à 18h sur la recherche de financements pour Abrakadabois.
- 23 au 26 avril : chantier ramassage du bois de chauffage coupé lors du chantier haies 2018.
- à venir par la suite : ramassage du bois de chauffage du chantier forêt 2019.

## Idée reçue sur les arbres Extrait de Christophe Drénou, L’arbre - Au-delà des idées reçues , CNPF (encore merci à l’auteur  !). "

La forme du duramen suit celle des cernes
Le duramen a une forme approximativement conique au centre du tronc, mais sa périphérie ondule verticalement et horizontalement indépendamment des limites entre cernes. Le processus de duraminisation se produit cellule après cellule, plutôt que cerne après cerne. Ainsi, sur une coupe transversale de tronc, le duramen peut couper les cernes et avoir un contour plus ou moins étoilé. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le nombre de cernes lus sur un rayon de duramen diffère selon l’orientation du rayon choisi  !
Chez plusieurs espèces de pin, en coupe longitudinale, le duramen a davantage la forme d’un fuseau que celle d’un cône, c’est à dire que son diamètre maximum ne se situe pas à la souche, mais vers 3 à 5 m de hauteur."

(Voir la suite dans ce bon bouquin).

## Retrouvez nos précédentes lettres d’info (juillet et octobre 2018) sur le site zad.nadir.org,

A bientôt  !

Contact et inscription à la liste infos : abracadabois@riseup.net

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